PAC : l’Italie va réexaminer son plan stratégique suite aux appels à la « réorientation » et à la flexibilité

En réponse aux conséquences économiques de la guerre en Ukraine, l’Italie étudie la possibilité de « réorienter » son plan stratégique national (PSN) pour mettre en œuvre la Politique agricole commune (PAC) dans le but de soutenir la production agricole stratégique.

EURACTIV.com
This article is part of our special report "Comment la guerre en Ukraine transforme la PAC"
European Agriculture and fisheries ministers council
Stefano Patuanelli, le ministre italien de l'Agriculture. [<a href="https://webgate.epa.eu/thumb.php/57294582.jpg?eJw1jrsOwjAMRf_FM0Ni59VsqAtIBCSKBEwoiVIWxEDpRPl33FRMR9fnyvYH2jX4Pj6GsoJ2Ax6AeQEvGdeK3RY8MvYsy_N-G4fIncBJW2yUdjjHU-12tdq14BUjLDNW79fI-8-LPoK3QnAMf3FgASaRiGgFZaNVIusoZSRKyRQnezUf5VcByZGbEBujp1iSQp2zchStzAjfH0f1Msw~" target="_blank" rel="noopener">HOSLET/EPA</a>]

En réponse aux conséquences économiques de la guerre en Ukraine, l’Italie étudie la possibilité de « réorienter » son plan stratégique national (PSN) pour mettre en œuvre la Politique agricole commune (PAC), le programme de subventions agricoles de l’Union européenne, dans le but de soutenir la production agricole stratégique.

Fin mars, la Commission européenne a envoyé ses commentaires sur le plan stratégique national italien, où elle reproche notamment à Rome sa répartition des subventions jugée déséquilibrée en faveur des exploitations d’élevage de la plaine du Pô ainsi que son manque d’ambition en matière de protection de l’environnement.

Par le biais de ces plans, les États membres de l’UE exposent la manière dont ils entendent atteindre les neuf objectifs communautaires de la PAC réformée. Le ministère italien de l’Agriculture prévoit de soumettre une version actualisée de son plan d’ici à la fin du mois de juillet.

Toutefois, avant même l’évaluation initiale de Bruxelles, le ministre italien de l’Agriculture Stefano Patuanelli a déclaré que, tout en considérant la réforme de la PAC comme « le meilleur point d’équilibre possible », il est nécessaire de « réfléchir à une entrée en vigueur différée de la nouvelle PAC, en prévoyant peut-être 2023 comme année de transition supplémentaire pour faire face à l’urgence actuelle » liée à l’invasion de l’Ukraine par la Russie.

Lorsqu’elle a été avancée pour la première fois par M. Patuanelli en mars, l’idée d’une entrée en vigueur flexible de la réforme de la PAC a fait froncer quelques sourcils parmi les ministres de l’Agriculture des autres États membres.

Il a ensuite précisé que la demande de l’Italie impliquait un ajustement des plans pour 2023 uniquement pour sauvegarder les objectifs du Pacte vert pour l’Europe (Green Deal) dans l’agriculture.

Selon M. Patuanelli, le fait d’accorder une plus grande flexibilité en 2023, comme cela a été le cas en 2021-2022 pendant la pandémie, pourrait éviter de devoir apporter des modifications structurelles aux PSN, qui s’appliqueraient alors à l’ensemble de la période de programmation de la PAC, à savoir jusqu’en 2027.

Pas de changements structurels

« Je suis personnellement convaincu que nous ne devons pas reculer devant les objectifs ambitieux de la nouvelle PAC et donc qu’au lieu de penser à une modification structurelle des plans stratégiques, il faut envisager une suspension de l’entrée en vigueur des nouveaux règlements », a déclaré M. Putuanelli.

Selon lui, il existe deux orientations gouvernementales pour faire face à la crise, à savoir « une série d’interventions d’urgence pour soutenir la liquidité et réduire les coûts des entreprises » et « l’accélération de la mise en œuvre du Plan national de relance (PNR), pour assurer la diversification énergétique des entreprises et renforcer l’efficacité des chaînes d’approvisionnement ».

Le ministère de l’Agriculture du pays a alloué 60 millions d’euros pour renégocier les prêts des entreprises agricoles et soutenir les plus touchées par les conséquences de la guerre et a mis en place un crédit d’impôt pour l’achat de carburant.

Concernant l’accélération du PNR, M. Patuanelli a déclaré que « l’élément central est la diversification énergétique ». Le 25 mars dernier, le ministre a signé un décret-loi relatif aux parcs d’énergie solaire dans les exploitations agricoles.

Le plan alloue 1,5 milliard d’euros pour soutenir l’installation de panneaux photovoltaïques sur les toits des bâtiments agricoles, ce qui permettra aux entreprises agroalimentaires italiennes de réduire leurs factures et de devenir de plus en plus autonomes sur le plan énergétique.

« L’objectif à atteindre est l’installation de panneaux pour une puissance totale de 375 000 kW, contribuant ainsi à soutenir le processus de diversification énergétique, aujourd’hui plus nécessaire que jamais pour l’ensemble du système productif national », a ajouté M. Patuanelli.

Les demandes des agriculteurs

Les retombées du conflit en Ukraine ont incité les agriculteurs italiens à demander au gouvernement de modifier le plan national de la PAC.

Le 8 mars, Agrinsieme, une association qui regroupe différentes organisations d’agriculteurs, avait déclaré qu’« il était urgent de protéger le potentiel de production national, en particulier pour le secteur des cultures arables, et de repenser certains choix européens dans le domaine de l’énergie ».

Le coordinateur de l’association, Massimilano Giansanti, a expliqué qu’« en regardant l’horizon communautaire, nous pensons que l’adoption de la nouvelle PAC devrait être temporairement suspendue, ainsi que l’obligation de verdissement ; de même, une prolongation de la mise en œuvre de la stratégie “de la ferme à la table” (Farm to Fork) serait nécessaire, en la révisant à la lumière de la situation actuelle ».

Ettore Prandini, le président de Coldiretti, la plus grande organisation d’agriculteurs italiens, a déclaré que « grâce aux interventions extraordinaires décidées par la Commission européenne, 200 mille hectares de terres peuvent être récupérés en Italie pour être cultivés en vue de produire environ 15 millions de quintaux supplémentaires de maïs pour les fermes, de blé dur pour les pâtes et de blé tendre pour le pain, ce qui est nécessaire pour réduire la dépendance à l’égard des pays étrangers ».

M. Prandini a également présenté des propositions pour la révision de la reconnaissance de la technologie d’édition génomique, la réduction de la TVA sur les aliments et la renégociation de la dette des entrepreneurs avec une garantie publique.